Au croisement d’un travail artistique et d’une réflexion théorique qui interrogent les dimensions architecturales, urbanistiques et technologiques de la guerre, mes recherches portent sur la perception des conflits à partir de l’analyse d’images et de visuels produits au sein même du dispositif de la guerre. Pensé selon une logique résolument pluridisciplinaire, mon travail se déploie à la manière d’une longue enquête qui allie recherches et travail de terrain qui questionnent, plus largement, la représentation de notre époque et de notre société.

 

Dans le cadre de ce qui a récemment été appelé le « tournant esthétique » dans la discipline des relations internationales, il y a une conscience aigüe du fait que la guerre n’a pas seulement un impact sur les représentations et imaginaires esthétiques, mais est aussi en retour travaillée et transformée par ces derniers. Ces imaginaires affectent de multiples dimensions qui vont de la pensée stratégique aux innovations technologiques en passant par l’image que les protagonistes se font de leur ennemi. De ce point de vue, et alors que ces approches analysent généralement les productions culturelles et artistiques du point de vue des sciences sociales, ma démarche se propose d’ouvrir et de voir ces interactions être abordées du double point de vue de l’art et de la théorie de l’interface art/guerre.

Insérer des images militaires dans le champ de l’art et de la création est un geste significatif, car il permet de mettre en évidence le caractère aléatoire de l’image de guerre, l’incompréhension qui peut en découler et l’illusion de mieux comprendre les événements. Comprendre l’image et comprendre ce qu’on voit de l’image et dans l’image nécessite d’instruire le regard. En documentant le monde, nous créons des images et des archives qui redirigent le sens de ces documents et leur origine. L’écart entre l’image que nous faisons sans intention particulière et son devenir comme document d’archive induit un écart avec l’auteur, qui disparaît lorsque l’image n’est plus considérée pour ce pour quoi elle a été faite.

Ma réflexion soulève bien évidemment des questions morales décisives mais également la question de la responsabilité, responsabilité des militaires, des politiques, des journalistes, mais aussi des artistes lorsqu’ils travaillent et manipulent ce type de documents.

 

Penser les conflits selon une dimension sensible agit ici comme un moyen essentiel de comprendre comment ce point de vue produit une nouvelle forme de compréhension des expériences de guerres.